13/10/2014

La Genève socialiste veut-elle arquebuser Eric Stauffer ?

Bien que dans son bon droit, le député du MCG  est accusé vendredi dernier à tort de fustiger et perturber la séance du Grand Conseil. L’attitude méprisante du président socialiste provoque ainsi le tollé général. Avec lui, c’est les bons sont d’un côté, les méchants au centre de l’hémicycle. La question que se pose la presse : Pourquoi Antoine Droin a-t-il volontairement pas lu l’amendement, ni accédé à la demande de tous pour faire revoter dans le calme ? La réponse est simple, avec la gauche les droits de la  démocratie, comme les droits populaires sont constamment piétinés lorsqu’elle se trouve face aux revendications du MCG.

Le procès qui débutera aujourd’hui à Genève est de nature politique. Tout va le prouver. De son interpellation la veille à son interpellation au Grand Conseil à son « exécution » Eric Stauffer ne pourra pas se défendre contre la meute enragée réunis sous l’hémicycle.

Mais ce qui frappe le plus, c’est la minceur des raisons évoquées. Les chefs d’accusation restent inexistants. Le gouvernement de gauche PLR et PDC réunis veut punir le chef du MCG pour des actes inexistants comme cela fut le cas avec le « malintentionné » Pierre Fatio en 1777.

Comme au cinéma, faisons un flash-back, qui s’impose ici. Tout a commencé le 10 octobre vers les 22 :45 heures. Nous sommes dans la salle du Grand Conseil, le président socialiste Antoine Droin et les cents parlementaires sont réunis pour débattre d’un projet de loi et de l’amendement du député Sandro Pistis. La partie est loin d’être perdue.  Le président le sait, et bâcle l’affaire en l’envoyant l’amendement inconnu de tous, au vote, sans lecture au préalable, comme cela doit se faire. Le Grand Conseil l’enregistre aussitôt au nez et à la barbe de tous. Eric Stauffer s’en offusque et pour cause, demande en insistant la lecture, puis refuse en vain que ce vote soit pris en compte. Le président, démuni de bon sens et de la moindre compréhension de la situation, plus borné que réfléchi refuse toutes propositions pour calmer le débat. Chose que l’ancien excellent président Gabriel Barriller aurait fait avec tact et sourire sans hésiter.

Le combat d’Éric Stauffer est simple. Il veut que le Grand Conseil  arrête de s’élire lui-même, l’amendement de Pistis allait dans ce sens. Il demandait simplement pour les élections du Grand Conseil de limiter le système des combinations pour limiter le nombre des membres d’une même famille politique afin de mettre un terme à la domination de la République par des clans contre nature.

Ces idées, déjà combattues à l’époque par l’avocat Pierre Fatio, idées qui nous semblent aujourd’hui être un minimum dans un pays démocratique, affolent l’oligarchie en place. Pour ses membres, elles visent ni plus ni moins qu’à renverser les institutions. Cette aristocratie de fait (et non de droit), à laquelle appartient la vaste famille politique de Fatio, le lâche cruellement au plus mauvais moment de son combat.

La révolte enfle et se prolonge. Il y a d’abord des conciliabules puis des manifestations. On en vient aux insultes, certains manquent de s’écharper. Tout comme ce fut le cas pour Eric Stauffer vendredi sorti par un cordon de policiers.

En 1707 le 31 août exactement, le Petit Conseil rend son jugement. Pierre Fatio se voit condamné, sans preuves, à mort. L’avocat Fatio pourrait bien avoir été sacrifié, non pas tant pour les crimes commis que pour ceux que l’on craignait qu’il pourrait faire un jour (!)

Restait à exécuter le malheureux, devenu indifférent à son sort. Impossible de le faire en public. Fatio sera arquebusé assis, dans une cour de la prison de l’Évêché, au mépris des lois. Il ira au supplice «comme à une promenade», diront les témoins. Notons qu’en bon Genevois, l’homme avait demandé à mettre sa vieille perruque au lieu de la neuve.

 

2014 A quoi condamne-t-on de nos jours? Pas à mort, bien sûr. Si injuste et si peu démocratique qu’elle puisse nous sembler, la Genève d’aujourd’hui n’est ni la France de Louis XIV ni, a fortiori, la Russie de Pierre le Grand. Le gouvernement se contente donc d’amender, de «mettre en prison politique» ou de bannir pour des périodes allant de nombreux mois, voire à la perpétuité de siéger dans les commissions parlementaires, comme ce fut déjà le cas pour Stauffer ou le député Henry Rappaz par le passé, ce qui, qui correspond à un anéantissement social quand la presse vient vous en ajouter une couche.

Il n’en reste suite à l’attitude vue et vécue en ce vendredi, un Droin, un  Slatkine, un Bugnon ou un Hiltpold, en 1770 auraient sans aucun doute fait exécuter l’innocent député Fatio.

Eric Stauffer est finalement un sacré veinard d’être né au XXIe siècle et que les arquebuses soient rangées au musée d’Art et d’Histoire, non ?

Écrit par Sir Henry | Lien permanent | | | |  Facebook

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